ANECDOTE : En 1964, Lény Escudero, artiste confirmé, passait en vedette au Théâtre de verdure à Perpignan. J’aimais beaucoup cet artiste, pour sa voix, ses textes et ses mélodies. Et pour l’homme aussi, pour le républicain espagnol exilé, écorché et pour l'humaniste qu’il était. Moi-même étant fils de républicains catalans. Mes parents l’aimaient également.
Il entra sur scène, ce soir-là, avec la chanson « Il faut vivre », puis il enchaîna tous ses succès d’alors. À la fin du spectacle, je me dirigeai vers les loges pour le voir avec quelques partitions à dédicacer. Malheureusement il quitta rapidement ce soir-là le Théâtre de verdure. Un peu déçu, je repris mon vélo et je remontais le Boulevard Jean Bourrat, au long du square. Une voiture s’arrêta à ma hauteur, le conducteur baissa la vitre passager et me demanda en se penchant : « Pouvez-vous m’indiquer la route d’Argelès ?». C’était Lény Escudero. Je lui indiquais la direction des plages, qu’il connut quand elles furent en février 1939 de tristes camps de concentration. Je lui dis que je venais de le voir sur scène, que j’avais aimé son spectacle et que j’avais des partitions à dédicacer. Ce qu’il fit avec grand plaisir. Je le remerciai mais c’est lui qui ce soir-là me remercia le plus. Il allait revisiter son passé. J’avais 18 ans. Il me reste encore quelques partitions, j’en ai beaucoup donné.
Plus tard il écrivit la chanson « Le siècle des réfugiés ». Et bien plus tard encore, il dit : "J'ai honte du monde que je vais laisser à mes petits-enfants".
« Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous » disait Paul Éluard. Je le compris bien plus tard.
Quelques années après, j'eus une égale admiration pour Étienne Roda Gil (auteur des premiers grands succès de Julien Clerc) et pour ses textes, lui-même étant fils de républicains catalans.
Juliette Gréco a dit de lui : « J'ai vite compris qu'il était un être humain, ce qui n'est pas si fréquent ».